TRAVAIL ET TRANSFORMATION : OUVRIR UNE VOIE SOUTENABLE ET DÉSIRABLE

Lors du salon professionnel LUX organisé en décembre 2025 par LE DAMIER, une conférence a rassemblé des spécialistes pour examiner les transformations radicales qui impactent nos professions. En réponse aux bouleversements technologiques, démographiques et environnementaux, quelle est la manière de tracer un parcours souhaitable pour les secteurs culturels et créatifs (ICC) ?

Résumé d’une table ronde où l’homme cherche à regagner le contrôle sur la machine, modérée par Benoît Bouscarel, journaliste, avec l’intervention de Stéphanie Dalle, responsable Auvergne pour l’APEC (Association pour l’emploi des cadres) et Misha Ferrier Barbut, consultante en management chez Anamata.

✦  L’intelligence artificielle générative : de l’instrument à l’ “assistant cognitif”

L’industrie créative est confrontée à une rupture significative. Il ne s’agit plus simplement de fournir un soutien technique, mais de redéfinir la nature même des tâches à accomplir. Désormais, Stéphanie Dalle qualifie l’IA de « compagnon cognitif » capable d’exécuter des tâches complexes qui étaient autrefois l’apanage de l’homme.

Bien que cette technologie offre la possibilité de confier des tâches consommant beaucoup de temps, elle présente un danger de remplacement. Benoît Bouscarel évoque le cas de David Creuze, traducteur dans le domaine du jeu vidéo, qui a compris qu’il contribuait, sans s’en rendre compte, à l’amélioration de l’IA censée le supplanter. Selon Stéphanie Dalle, ce cycle entraîne des « suppressions d’emploi avant leur réintégration ailleurs ». Le défi consistera à maîtriser cette utilisation afin d’éviter un « déclin des capacités de réflexion ».

Le choc démographique : la nécessité pressante de la transmission

Benoît Bouscarel parle d’un « hiver démographique » qui perturbe le marché du travail. Selon Misha Ferrier Barbut, d’ici 2030, la France fera face à un déficit structurel avec environ 760 000 départs annuels contre seulement 640 000 arrivées.

Pour les ICC, généralement constituées de micro-structures, cette pression est cruciale. La pérennité du secteur sera conditionnée par la faculté de garder les travailleurs âgés en poste et d’assurer le transfert des compétences avant leur départ à la retraite.

Management et Santé Mentale : l’ère du modèle pyramidale touche à sa fin

La pandémie a suscité une prise de conscience accrue quant à la signification du travail. Actuellement, 45 % des employés souffrent de détresse psychologique, l’intelligence artificielle étant l’un des facteurs générateurs d’anxiété. Misha Ferrier Barbut préconise un passage à des modèles horizontaux basés sur la confiance et l’autonomisation.

Les actifs, en particulier les jeunes, demandent désormais :

  • Une indépendance accrue et de la souplesse (travail à distance)
  • Une amélioration de la qualité de vie professionnelle
  • Une RSE tangible : « 89% des employés attendent de la RSE une amélioration des conditions de travail », met en évidence Misha Ferrier Barbut

Ouvrir une voie “soutenable et désirable”

Pour traverser ces ruptures, Misha Ferrier Barbut recommande diverses approches stratégiques :

  • Développer les Soft Skills : Focaliser sur la pensée critique et l’intelligence collective pour se démarquer des machines
  • Former les managers : 80 % d’entre eux n’ont jamais reçu de formation ; il est indispensable d’accompagner les nouvelles exigences personnelles
  • Trancher entre rapidité et performance : Les sociétés sont confrontées au dilemme de choisir entre une production accélérée grâce à l’IA ou d’exploiter les économies de productivité pour allouer davantage de temps à la formation et à la durabilité

Article rédigé par le projet collectif du Master DPEC MLSN
à l’Université Clermont Auvergne dans le cadre de LUX#2