IA ET ICC, LES ENJEUX D’UNE TECHNOLOGIE EN PLEIN ESSOR

Les 10 et 11 décembre 2025, se déroulait la seconde édition du salon professionnel LUX, organisé par le cluster LE DAMIER.  À cette occasion, plusieurs invité.e.s et professionnel.le.s des Industries Culturelles et Créatives — Maxence Grugier, Natacha Paquignon, Joël Mossand et Yves-Armel Martin — sont intervenus sur les enjeux artistiques, juridiques et environnementaux de l’intelligence artificielle dans les démarches artistiques. Un moment d’échange modéré par Matthieu Poinot.

ZOOM…

…sur des retours d’expériences de nos invité.e.s, au cœur de la réalité terrain :

✦ Natacha Paquignon et le projet Latency

Directrice artistique de la compagnie Corps Au Bord, Natacha Paquignon pilote le projet Latency, une exploration novatrice du dialogue entre le mouvement humain et l’intelligence artificielle : deux danseuses humaines accompagnées d’un.e danseur.euse non humain.e.

Recourant au machine learning soit « apprentissage automatique », le projet appréhende la danse comme un langage pouvant être enseigné à une entité numérique dépourvue de corps, et lui permettant d’engager une “conversation” intuitive avec les danseurs. Plutôt que de suivre une chorégraphie fixe, chaque performance évolue de manière imprévisible. L’IA ne produit jamais deux fois la même réponse, nourrie par les spectateurs avant et après la performance. L’interaction est visible par une forme d’onde lumineuse qui se modifie et se transforme en fonction des gestes des danseurs, incarnant l’échange évolutif entre le corps et l’algorithme. 

Ce système d’IA est généré par le projet afin de contrôler leurs données et leur empreinte environnementale.

Maxence Grugier et l’art numérique

Chargé de projets arts hybrides et numérique au Pôle PIXEL à Villeurbanne, Maxence Grugier accompagne les différents acteur.ices de la scène culturelle sur la question des arts numériques et les outils existants. Il facilite l’acculturation des professionnels du secteur sur les questions de l’utilisation de ces outils, comme l’impact sur la créativité mais aussi leurs limites, notamment écologiques ou juridiques. 

Lors de cet échange, Maxence Grugier partage un projet artistique tout à fait pertinent dans le contexte puisqu’il démontre que l’utilisation de l’IA et des outils numériques au service de l’art n’est pas si récente. En 2018, l’auteure et metteure en scène, Rocio Berenguer, proposait déjà une installation intitulée “IAgotchi”, inspirée des tamagotchis, ces petites créatures pixelisées dont on doit prendre soin. Cette installation présentait un “pod” recouvert de latex rose avec lequel les visiteurs pouvaient discuter et dont l’IA était développée pour apprendre de ces échanges. L’idée étant de mettre en évidence qu’une relation d’empathie peut se développer entre un être factice, sans conscience et nous humains.

Joel Mossand et les enjeux juridiques et environnementaux

Co-gérant de l’agence web auvergnate Scopika, Joel Mossand relève que le statut juridique de l’IA demeure une zone grise complexe, notamment en ce qui concerne les droits de propriété intellectuelle sur les œuvres générées par l’IA. Des questions persistent quant aux droits d’auteur lorsque la création d’une œuvre résulte d’un algorithme plutôt que d’une action humaine. Pour rappel, une œuvre IA ne peut être protégée par les droits d’auteur car seul un humain est considéré comme un auteur.

Parallèlement, des modèles alternatifs de développement de l’IA proposent des approches plus sobres et respectueuses de l’environnement. Si un système d’IA est hébergé localement hors ligne et directement sur un ordinateur personnel, alors le besoin de serveurs énergivores des géants du net, tels que les GAFAM, est écarté, réduisant l’impact environnemental. Ce système d’IA, dit local, favorise également des utilisations plus spécifiques et contrôlées afin de répondre à des problématiques précises. Par exemple, un designer peut entraîner l’IA à reproduire son style distinctif. Elle peut alors générer rapidement des propositions visuelles pour les clients, pendant que le designer réalise lui-même la version finale, dont il conserve les droits d’auteur.

Yves-Armel Martin et les mutations des compétences

Fondateur de l’agence spécialisée en innovation collaborative Le Bureau des Possibles, Yves-Armel Martin perçoit l’IA comme un outil pour élargir les possibilités plutôt que comme un substitut à l’expertise humaine. Pour lui, l’IA permet aux usagers de réaliser ce qui était impossible hier, notamment grâce au développement d’outils précis, conçus sur mesure pour s’adapter à chaque structure dans les domaines de l’innovation collaborative et du design collectif. Bien que ce système soit bénéfique, son utilisation suscite quatre questions :

  • Est-ce un gain de temps ?
  • Est-ce que ça optimise mes performances ?
  • Où est-ce que ça me permet de mieux gérer mon énergie et d’avancer plus sereinement dans mes travaux ?
  • En quoi cela remplace-t-il les tâches que je pensais impossibles à réaliser ?

Article rédigé par le projet collectif du Master DPEC MLSN
à l’Université Clermont Auvergne dans le cadre de LUX#2